Les tribulations d’un Etatsunien à l’Office cantonal de population
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Lundi matin, 9 heures 25. Une voix enfin à l’autre bout du fil. Un croassement, plutôt… Est-ce un bonjour ?
J’expose ma requête. Non, ce n’est pas le bon numéro.
Bien. Mais on s’approche. Encore vingt minutes de tonalité occupée. Une autre voix.
– Une autorisation de travail ? Un permis B ? Pour votre mari ? Ah ! Il a déjà complété et apporté le formulaire ? Un instant…
Le dossier est bien là, mais vide. Tous les papiers dûment apportés au lendemain du mariage : les photos, les copies du passeport et de l’acte de mariage, le formulaire E complété et signé, tout s’est mystérieusement évaporé.
– Je vérifie et vous rappelle.
L’appel en fin d’après-midi confirme nos craintes : la matinée passée à l’Office Cantonal de la Population quelque six semaines auparavant a été gaspillée. Tout est à recommencer…
L’affaire est pourtant simple. Je suis suisse, genevoise plus exactement ; il est américain, certes, mais nous sommes mariés, donc en règle ; il ne parle pas encore français, certes, mais je l’aide pour toutes les démarches administratives pour… gagner du temps. Riche idée ! Où serions-nous si le « cas » était plus sérieux ?
Nous sommes le 1er octobre. Le mariage a eu lieu le 15 août. La demande de permis a été déposée le 20 août, après deux heures d’errance dans le labyrinthe de l’OCP. C’est qu’il est important de maîtriser la procédure : trouver l’entrée, le « pré »-guichet d’accueil, changer d’étage, attendre encore, obtenir de l’employé quelque peu dépassé la confirmation que tout est en ordre… A dire vrai, nous avons dû nous contenter d’un haussement d’épaule… Depuis, l’employeur a rempli sa demande d’autorisation. Depuis, il y a eu le premier mois de travail. Depuis, pour ouvrir un compte-salaire - exigé par l’employeur qui s’impatientait -, il a été nécessaire d’obtenir une attestation de l’OCP. De quoi prouver que la demande de permis avait bien été déposée.
Retour donc aux files d’attente du divin Office. Qui entre temps se sont allongées : fin des vacances oblige ! Pause de midi aussi, du reste. Bien sûr, tout le monde mange à midi. En particulier les employés de l’Etat. Ce n’est que justice. Et tant pis si les files s’allongent…
C’est en effet le seul moment possible pour la plupart des travailleurs à plein temps, puisque l’office ferme à 15.30. Et le temps passe… on ne s’en va pas, de peur de perdre sa place. Alors on attend. Et l’on découvre au passage que le bâtiment d’état est dépourvu de sanitaires. Bien. Notre tour, enfin. Après presque deux heures à nouveau.
– Une attestation ? Un instant.
Téléphone.
– Navrée, mon collègue est parti déjeuner. Il vous faut revenir dans une heure. Il devrait être de retour à ce moment-là.
Devant notre mine consternée, un bon mouvement, enfin.
– Mais ne refaites pas la file d’attente. Passez simplement entre deux clients.
On est revenu, bien sûr. Et on a payé les misérables douze francs réclamés. Sans rechigner. Qu’est-ce, en effet, en regard de la demi-journée de vacances qu’aura coûté cette nouvelle expédition.
C’est deux jours plus tard qu’est alors arrivé au secrétariat de l’employeur le courrier (en français, et transmis tel quel) annonçant que l’autorisation de travail avait été accordée et indiquant qu’il ne fallait plus que remplir les papiers nécessaires… et payer les soixante cinq francs réclamés. Facile ! Encore une demi-journée de vacances (suggestion de l’employeur) et tout serait réglé. Pour autant que tout ne soit pas égaré une seconde fois !
Nous restons confiants. Je l’ai dit, je parle français. Ce qui m’a permis de négocier un envoi par poste. Et puis, ce n’est pas tous les jours que les écrits s’envolent. Et nous sommes en Suisse, que Diable. L’ordre va se rétablir. C’est sûr. Il sera bientôt possible de régulariser le permis de conduire. Dès l’arrivée du permis B (annuel), on se lance. Ce devrait être réglé dans une dizaine de mois. Avant le renouvellement sans doute…
Et je tâche d’oublier cette amie hollandaise qui travaille officiellement pour la commune de Renens et attend un permis depuis quatre ans. Là aussi, les papiers ont été égarés. Et nul ne semble pressé de rétablir l’ordre. En attendant, mon amie paye ses impôts. Consciencieusement. En étrangère respectueuse de l’ordre suisse…