Réchauffement climatique dans le monde et en Suisse
par
popularité : 17%

Les activités humaines sont responsables d’environ 1°C du réchauffement planétaire en dessus des températures relevées à la période pré-industrielle. Le réchauffement mondial sera de 1.5°C supplémentaire entre 2030 et 2052 si rien ne change [1].
**Gaz à effet de serre
Figure 1 : Evolution de la température en Suisse (1864-2018)
« Le climat en Suisse est caractérisé par d’importantes fluctuations naturelles. Cependant, certains changements depuis l’industrialisation ne peuvent s’expliquer que par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, la température moyenne annuelle a augmenté d’environ 2 °C (état en 2018) depuis 1864, la plus grande partie de l’augmentation s’étant manifestée ces dernières décennies. Selon les scénarios climatiques actuels, le réchauffement du système climatique se poursuivra à l’avenir. Afin de limiter le réchauffement en Suisse, de fortes réductions des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont nécessaires. » [2].
Les premiers travaux sur les scénarios nationaux ont commencé au début du siècle. Les premières estimations complètes ont été présentées dans le rapport « Les changements climatiques et la Suisse en 2050 » (CH2007). Les « scénarios du changement climatique en Suisse CH2011 » ont suivi quatre ans plus tard. Les scénarios climatiques CH2018 confirment les tendances déjà connues mais offrent néanmoins une image plus détaillée du futur climatique de la Suisse [3].
Les messages clés des auteurs de CH2018 : « Les scénarios climatiques CH2018 montrent où et comment le changement climatique affecte le territoire suisse et ce que les efforts mondiaux pour la protection du climat peuvent faire pour l’atténuer. Les conséquences prévisibles d’un changement climatique effréné pour la Suisse sont davantage de jours tropicaux, d’étés secs, de fortes précipitations et d’hivers peu enneigés. Toutefois, les efforts mondiaux en faveur de la protection du climat peuvent atténuer considérablement le changement climatique. »
En clair, les recommandations exprimées dans le rapport du GIEC [4] sont à prendre très au sérieux et qu’il vaut la peine de mettre en œuvre toutes les actions possibles pour diminuer les causes du réchauffement climatique. La principale cause étant l’émission des gaz à effet de serre (47.24 millions de tonnes équivalent CO2 en 2017, dont 36.7 pour l’énergie y compris transports intérieurs, 6 pour l’agriculture, 5 pour le transport aérien international, 4 pour les processus industriels) [5]. La statistique CO2 2018 montre que si les émissions liées aux combustibles poursuivent leur diminution, celles liées aux carburants stagnent [6].
**Agriculture et alimentation
Le 8 août 2019, le résumé pour les décideurs du rapport du GIEC « Changement climatique et terres émergées » [7] a été approuvé à par l’ensemble des gouvernements des états membres du GIEC [8].
La surface mondiale de terre libre de glace est de 130 millions de km2, soit environ un quart de la surface de la terre. L’agriculture utilise un tiers de la terre émergée et près des trois quart de l’eau douce sur la planète. Au total, plus de 70% des terres émergées sont utilisées pour satisfaire les besoins des populations.
La surface agricole utile en Suisse est sans les surfaces d’estivage de 10500 km2 (données 2014) [9].
L’agriculture, au sens large, représente au niveau mondial 23 % des émissions de gaz à effet de serre et en parallèle, les processus terrestres naturels absorbent une quantité de CO2 un tiers environ des émissions dues aux combustibles fossiles et aux industries. En Suisse, l’agriculture participe à hauteur de 8 % à ces émissions.
Cette activité est responsable de la dégradation de 25% des terres émergées. Les sols sont sous une importante pression sur le climat. Ils sont une partie de la solution sans pour autant être suffisants pour limiter le réchauffement. Un réchauffement qui multipliera les pluies intenses et les inondations mais aussi la chaleur et les sécheresses et qui aura en conséquence un impact sur l’agriculture y compris en Suisse.
Selon le GIEC, des actions peuvent être entreprises à court terme, sur la base des connaissances existantes, pour lutter contre la désertification, la dégradation des sols et la sécurité alimentaire tout en soutenant des réponses à plus long terme permettant l’adaptation et l’atténuation des effets du changement climatique. Celles-ci incluent des actions visant à renforcer les capacités individuelles et institutionnelles, à accélérer le transfert de connaissances, à améliorer le transfert et le déploiement de technologies, à activer les mécanismes financiers, à mettre en place des systèmes d’alerte précoce, à gérer les risques et à combler les lacunes dans la mise en œuvre et la montée en gamme (confiance élevée).
Des efforts au niveau de l’agriculture et de l’alimentation, qui même si elles auront un impact relativement faible au niveau mondial, doivent être entrepris, ne serait-ce que pour des raisons de crédibilité et d’exemplarité de la Suisse.
**Mesures à entreprendre en Suisse
- Réduire massivement le trafic automobile privé (mesure prioritaire et à court terme [10])
Les coûts des transports ont progressé de 4 % entre 2010 et 2015. Les hausses les plus fortes s’observent dans les transports aériens (+14%) et ferroviaires (+12%). Les coûts des transports routiers motorisés sont restés relativement stables (+2%). Ils représentent quatre cinquièmes des coûts totaux des transports [11].
Favoriser le transfert modal vers des transports collectifs et les moyens de locomotion non motorisés par des offres financièrement incitatives, en clair la diminution du prix des billets des transports publics.
Cette dernière mesure techniquement est simple à mettre en œuvre, même si politiquement elle rencontre encore de nombreuses résistances de la part des élu·e·s de la majorité bourgeoise.
La réduction de l’espace disponible aux véhicules privés permettant une augmentation de l’espace pour les transports en commun et les véhicules non motorisés est également assez simple techniquement à mettre en œuvre. A niveau c’est essentiellement une question de priorité politique.
- Supprimer l’usage des combustibles fossiles (mesure à moyen et long terme)
En 2018, la baisse de la consommation énergétique finale de 2,2% par rapport à 2017 résulte avant tout de la clémence des températures. Les degrés-jours de chauffage, indicateur-clé de la consommation d’énergie à des fins de chauffage, ont diminué de 10,6% par rapport à l’année précédente. En 2018, d’autres facteurs, qui déterminent à long terme l’augmentation de la consommation d’énergie, ont, quant à eux, gagné en importance : population résidente permanente (+0,7%), produit intérieur brut (+2,5%), parc de véhicules à moteur (+1,0%) et parc de logements également en augmentation (à l’heure actuelle, aucun chiffre détaillé n’est disponible). Par contre, l’accroissement de l’efficacité et les effets de substitution tendent à atténuer l’augmentation de la consommation énergétique [12].
Les analyses annuelles ex post fournissent des informations sur les facteurs déterminants pour l’évolution de la consommation d’énergie [13]. Entre 2000 et 2017, la population résidente moyenne a augmenté de 16.8 %. Au total, la surface de référence énergétique s’est agrandie de 24.3 %, et celle des bâtiments résidentiels de 29.7 %. Le produit intérieur brut s’est accru de 33.2 %. Le parc de véhicules à moteur a augmenté (+32 %), ainsi que la prestation kilométrique du transport de personnes et de marchandises. Ces effets de quantité, pris individuellement, ont conduit à une hausse de la consommation énergétique.
- Les facteurs techniques et politiques ont eu tendance à réduire les effets des facteurs de quantité sur la demande, mais ne les ont pas totalement compensés. Il importe d’en faire plus et surtout plus rapidement.
- Des mesures permettant le réglage thermique des locaux par d’autres moyens que l’utilisation d’énergies fossiles peuvent être appliquées aux nouvelles constructions rapidement et probablement à bon nombre d’installations devant être renouvelées.
- Réduire le gaspillage de nourriture produite (mesure à court terme)
Au niveau mondial environ 1.3 milliard de tonnes sont gaspillés ou perdu chaque année, ce qui représente environ 200 calories par jour et par personne et correspond à quelque 8 % des émissions de gaz à effet de serre. Les habitants d’Europe et d’Amérique du Nord jettent en moyenne 95 à 115 kg d’aliments chaque année, contre 6 à 11 kilos pour ceux d’Afrique sub-saharienne et d’Asie. L’organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) indique que les consommateurs des pays riches mettent à la poubelle chaque année 222 millions de tonnes de nourriture au total, soit presque l’équivalent de la production de l’Afrique sub-saharienne (230 millions de tonnes).
En Suisse, un ménage jette jusqu’à 100kg de denrées par an et par habitant. En cause : des achats compulsifs, une estimation approximative des besoins, un manque d’idées pour apprêter les restes, une mauvaise interprétation des dates limites… Or en gérant judicieusement ses provisions, un ménage de quatre personnes peut économiser jusqu’à 2000 fr. par an [14].
L’agriculture, les transports, l’industrie et le commerce contribuent aussi au gaspillage à raison de 200kg par habitant. Tous ces déchets ont un impact écologique et économique : jeter 250g de pain, par exemple, équivaut à dilapider l’eau d’une baignoire et à rejeter 300g de CO2 dans l’environnement.
- Diminuer de 33% la consommation de viande (mesure à moyen terme)
Chaque année, les pays riches consomment 100 kg de viande par habitant. A l’inverse, les habitants de pays pauvres en mangent moins de 10 kg par an. Alors que près de 830 millions de personnes sont sous-alimentées, environ 2 milliards sont en surpoids.
En Suisse, 431 760 tonnes de viande (poids à la vente, hors poissons et crustacés ont été consommé en 2016 [15], [16], soit approximativement 51 kg/hab (50 kg en 2017), soit une diminution d’environ 5 % en 20 ans. Un peu plus de 80 % de la consommation est indigène.
La diminution proposée tient compte de l’augmentation de la population et de la quasi impossibilité d’augmenter encore la productivité en Suisse, productivité qui est déjà largement supérieure à celles des pays limitrophes.
Une version courte de cet article est disponible ici
Voir également le plan Marshall climatique du PSS pour la transition énergétique
[3] Source : https://www.nccs.admin.ch/nccs/fr/home/changement-climatique-et-impacts/scenarios-climatiques-suisses.html
[4] Climate Change 2015, AR5 Synthese Report (https://www.ipcc.ch/report/ar5/syr) et Global Warming of 1.5°C, IPCC special report (https://www.ipcc.ch/sr15)
[5] Source : https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/climat/donnees-indicateurs-cartes/donnees/inventaire-des-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre.html
[6] Source : https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/climat/donnees-indicateurs-cartes/donnees/statistique-sur-le-co2.html
[7] Le projet de rapport : https://www.ipcc.ch/srccl-report-download-page qui doit être révisé pour être consistant avec le résumé pour les décideurs qui a été approuvé.
[8] Voir https://www.ipcc.ch/2019/08/08/land-is-a-critical-resource_srccl (communiqué de presse en français : https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2019/08/2019-PRESS-IPCC-50th-IPCC-Session_fr.pdf) et les prises de position par tête de chapitre (https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/2019/08/3.-Summary-of-Headline-Statements.pdf)
[9] Source : https://www.blw.admin.ch/dam/blw/fr/dokumente/Politik/Ernaehrungssicherheit/Aktuelle%20Situation/Schweiz/Faktenblatt%203_Produktion.pdf.download.pdf/Fiche%20d%E2%80%99information_3_Intensit%C3%A9%20et%20potentiel%20de%20production.pdf
[10] Court terme : 2-5 ans, moyen terme : 10-15 ans, long terme : 15 ans et plus
[11] Source : https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/statistiques/catalogues-banques-donnees.assetdetail.7926958.html
[12] Source : https://www.bfe.admin.ch/bfe/fr/home/approvisionnement/statistiques-et-geodonnees/statistiques-de-lenergie/statistique-globale-de-l-energie/_jcr_content/par/tabs/items/tab/tabpar/externalcontent.external.exturl.pdf/aHR0cHM6Ly9wdWJkYi5iZmUuYWRtaW4uY2gvZnIvcHVibGljYX/Rpb24vZG93bmxvYWQvOTc3NC5wZGY=.pdf
[13] Source : https://www.bfe.admin.ch/bfe/fr/home/approvisionnement/statistiques-et-geodonnees/statistiques-de-lenergie/consommation-energetique-en-fonction-des-facteurs-determinants/_jcr_content/par/tabs/items/tab/tabpar/externalcontent.external.exturl.pdf/aHR0cHM6Ly9wdWJkYi5iZmUuYWRtaW4uY2gvZGUvcHVibGljYX/Rpb24vZG93bmxvYWQvOTQ5Ny5wZGY=.pdf
